COP 15 : un rendez-vous décisif pour la biodiversité

11/10/2021

Biodiversité, climat, même combat. L’ouverture ce lundi 11 octobre depuis Kunming – Chine, de la COP 15 consacrée à la préservation de la biodiversité souligne l’importance et l’urgence de la restauration des écosystèmes à l’échelle planétaire.

© CDC Biodiversité

© CDC Biodiversité

Une première partie à distance sous forme virtuelle se tient en ce mois d’octobre durant cinq jours, avant que des rencontres « en présentiel » se déroulent du 25 avril au 8 mai 2022 à Kunming, en Chine. Initialement prévue en octobre 2020 puis mai 2021, la Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique (COP 15) a souffert, comme de nombreux autres temps forts internationaux, du coronavirus. Même à distance, ces cinq premiers jours donnent le coup d’envoi à des négociations cruciales face à ce que l’IPBES appelait en 2019 : « le dangereux déclin de la nature » ou « sixième extinction de masse ».

Que devons-nous en attendre ?

Des accords d’Aïchi, fixant un cadre international de protection de la nature pour la décennie 2010-2020, n’est resté qu’un constat d’échec : pas une seule des vingt ambitions du texte final n’aura été pleinement atteinte. C’est ce qui fait de la COP 15 un évènement plus capital qu’il n’y paraît : une occasion nouvelle pour fixer un cadre international commun et ambitieux afin de transformer la relation société et biodiversité pour « concrétiser une vision commune de vivre en harmonie avec la nature d’ici 2050 ». Ce cadre traduira quatre objectifs à horizon 2050, dix jalons à horizon 2030 et vingt-et-unes cibles.

Afin que ces grands objectifs ne demeurent pas, comme par le passé, des vœux pieux, c’est un mode de gouvernance de la biodiversité qu’il s’agit de repenser et de refonder. A ce titre, les discussions qui débutent et permettront de définir les contours de ce cadre s’appuieront sur l’avant-projet (« draft zéro ») du Cadre mondial de la biodiversité post-2020. Celui-ci vise une transformation d’ici 2030 des modèles économiques, sociaux et financiers afin de répondre à plusieurs objectifss. Il vise à permettre en particulier : la restauration des écosystèmes et plus spécifiquement la protection de 30% des terres et des mers ; la réduction de la pollution et la suppression de la pollution au plastique ; la réduction de 50% au moins des engrais et de 2/3 au moins des pesticides rejetés dans l’environnement ; et la réaffectation ou la réduction d’au moins 500 milliards de dollars par an des subventions ou incitations économiques néfastes à l’environnement, parallèlement à l’augmentation des financements publics et privés en faveur de la lutte contre l’érosion de la biodiversité (a minima 350 milliards de dollars par an).

Du cadre commun, certaines dimension fondamentales émergent déjà. Parmi elles, la définition de jalons constitue un préalable pertinent : points d’étapes à 2030 puis à 2050 accompagnés d’indicateurs de suivi précis sans lesquels la trajectoire d’infléchissement de l’érosion de la biodiversité ne pourra être évaluée.

Aussi, la mise en œuvre des engagements adoptés devra se doter d’une gouvernance fluide et efficace : pour un même facteur de pression sur la biodiversité plusieurs arènes de gouvernances sont concernées et autant de négociateurs et dynamiques nationales différentes. Plus que jamais, la capacité de travail en commun des différentes institutions pour la biodiversité aux échelles internationales, régionales, nationales et infranationales devra donc être renforcée (mainstreaming). L’avant-projet rappelle également que la réussite de la mise en œuvre des engagements sera conditionnée à un système de responsabilité et de transparence permettant un suivi précis dont le mécanisme devra inciter les États à agir.

Approche participative, gestion intégrative de la biodiversité, cohérence des stratégies ainsi que volonté politique seront donc plus que jamais nécessaires pour donner à la COP 15 une impulsion et un écho à la hauteur des urgences.

Comment pouvons-nous contribuer concrètement à l’atteinte du « zéro perte nette de biodiversité » ?

Pour répondre aux cinq facteurs de pression majeurs (changements d’usage des terres et de la mer ; exploitation directe de certains organismes ; changement climatique ; pollution et diffusion des espèces exotiques envahissantes), il est nécessaire de construire une véritable montée en puissance des politiques publiques internationales, nationales et locales sur la base de trajectoires à la fois claires et ambitieuses.

Des perspectives, encore trop timides à ce jour, existent :

> D’une manière générale, la définition d’objectifs quantifiés comparables à ceux élaborés dans le cadre de la lutte contre le changement climatique apparaît fondamentale pour inscrire l’ensemble des acteurs publics et privés sur une trajectoire commune et concrète. L’utilisation d’une métrique unique permettra ainsi la définition d’objectifs quantifiés compatibles avec les engagements qui découleront de la COP15. En complément de la généralisation du « bilan carbone », le déploiement d’empreinte biodiversité est désormais possible et nécessaire pour adresser l’objectif de stopper l’érosion de la biodiversité.

> Sans attendre d’avantage, la gestion de la sobriété foncière revêt une dimension de premier ordre dans la lutte contre la dégradation des milieux naturels et du vivant (elle adresse le premier facteur de pression sur la biodiversité, une des causes majeures de son érosion). Cet objectif est d’ailleurs largement repris dans le Green Deal européen et désormais dans les ambitions françaises (loi climat résilience d’aout 2021) afin de lutter contre la dynamique de l’artificialisation (réduction de 50% l’artificialisation à horizon 2030 et atteindre l’objectif de ZAN – Zéro Artificialisation Nette – à horizon 2050).

> Les travaux concernant les activités de reporting extra-financiers centrés sur la biodiversité font, eux aussi, l’objet d’un virage significatif à la faveur des acteurs économiques souhaitant agir positivement en matière de biodiversité. La taxonomie verte et les principes DNSH (Do Not Significant Harm), ainsi que la Task-force on Nature-Related Financial Disclosures permettent dès à présent d’offrir une visibilité aux investisseurs en matière d’impact pour que ceux-ci favorisent les participations vertueuses, et se détournent des activités les plus impactantes.

Le texte en discussion lors de la COP 15 propose d’ores-et-déjà d’accroître considérablement les ressources financières (à hauteur d’au-moins 200 milliards de dollars par an) en faveur de la biodiversité. Retenons toutefois que c’est la répartition de ces sommes, et l’efficacité de leur allocation qui permettront de relever le défi environnemental auquel nous faisons face collectivement.

Restons ambitieux et osons, un changement « transformateur » de nos relations au vivant !
Nous attendons maintenant impatiemment la COP 26, du 1er au 12 novembre à Glasgow – Écosse, qui doit en particulier faire un point d’étape sur le respect de l’accord de Paris.

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