LLes 27 et 28 janvier, s’est déroulé l’avant-dernier comité de pilotage du projet LIFE intégré ARTISAN, piloté par l’Office français de la biodiversité et co-financé par la Commission européenne. Valentine Norève et Chloé Dorémus y représentaient CDC Biodiversité, aux côtés des vingt-sept autres bénéficiaires associés. Ce rendez-vous annuel constitue l’un des moments clé du LIFE : l’occasion de faire le point sur l’année écoulée, d’alimenter une dynamique collective et de préparer la clôture du projet en 2027.
Le projet Life Intégré ARTISAN, a pour objectif de permettre la création d’un cadre propice au déploiement à toutes les échelles des Solutions fondées sur la Nature sur une durée de 8 ans (2020 – 2027). CDC Biodiversité fait partie des 28 bénéficiaires associés du projet.
Une visite de terrain au cœur du projet : restaurer la continuité écologique à Roquefavour, entre patrimoine, usages et renaturation
La visite de terrain qui ouvrait le comité de pilotage s’est déroulé aux abords de l’aqueduc de Roquefavour, un site emblématique où se mêlent patrimoine historique, enjeux hydrauliques et importantes ambitions de renaturation. Sur place, l’établissement public Menelik, chargé de la gestion des rivières et de la prévention des inondations sur plus de 1 200 km de cours d’eau et cinquante‑sept communes, a présenté les défis et les avancées de son important projet de restauration du cours d’eau de l’Arc.
Ce tronçon est marqué par une longue histoire d’usages humains : moulins, canaux de dérivation et seuils successifs ont façonné le paysage pendant des siècles. Aujourd’hui, ces ouvrages constituent des obstacles majeurs à la continuité écologique, notamment pour l’anguille européenne, espèce migratrice menacée. Le huitième seuil de la série, situé juste en aval de l’aqueduc, fait ainsi l’objet d’études visant à son effacement.
Le retour d’expérience de Maxime Lenne, directeur technique opérationnel et travaux de Menelik, a été particulièrement éclairant. Après avoir abordé le projet sous un angle très technique, le syndicat s’est rapidement heurté à un ensemble de contraintes techniques qui n’avaient pas été pleinement anticipées. Le périmètre de 500 mètres autour de l’aqueduc, classé monument historique, limite les marges d’intervention et impose de préserver l’intégrité paysagère du site, tandis que la loi Paysage renforce encore ces exigences. À cela, s’ajoute l’attachement des riverains à ce lieu chargé de mémoire : autrefois, les habitants d’Aix et de Marseille venaient y passer des journées de loisirs, une pratique qui perdure aujourd’hui. Le site n’est donc pas seulement écologique ou hydraulique ; il est aussi profondément social et culturel.
Pour répondre à cette complexité, Menelik a adopté une démarche intégrée. L’établissement a associé ingénieurs, écologues et spécialistes du patrimoine, mais aussi une anthropologue chargée d’étudier les perceptions et usages du site par les habitants. Cette approche a permis de documenter plus finement l’histoire du lieu, de comprendre les sensibilités locales et d’élaborer un projet respectueux de l’ensemble de ses dimensions.
Le projet a également dû composer avec des contraintes foncières importantes. Certains terrains ont été acquis pour créer des zones d’expansion de crue, tandis que d’autres nécessitent encore concertation et négociation. Les premières interventions, comme l’ouverture de brèches et l’enlèvement de remblais, ont déjà permis d’augmenter d’environ 4% la capacité de gestion de crue, un résultat encourageant malgré la persistance d’obstacles structurels.
Sur le plan écologique, la suppression du seuil devait permettre le retour de l’anguille sur ce tronçon, en rétablissant une continuité piscicole aujourd’hui interrompue. Cependant, les dernières observations ont révélé la présence d’une marche naturelle d’environ deux mètres sous l’ancien seuil, . Le projet est donc en pleine réflexion, avec l’option probable d’une passe à anguilles ou d’un dispositif complémentaire permettant de restaurer la continuité.
Ce projet illustre parfaitement la richesse et la complexité des Solutions fondées sur la Nature : articuler réduction des risques, restauration écologique, valorisation du patrimoine et respect des usages sociaux constitue un exercice d’équilibre délicat, mais essentiel pour imaginer des territoires résilients et vivants.
Un temps d’échanges stratégique entre bénéficiaires
La seconde partie du comité s’est tenue à la mairie des 1ᵉʳ et 7ᵉ arrondissements de Marseille, qui a accueilli l’ensemble des participants et partagé un retour d’expérience riche sur ses propres projets, notamment autour de l’amélioration continue de la qualité urbaine et de l’intégration du vivant dans l’aménagement. Un second temps collectif a permis aux différentes structures de revenir sur leurs avancées, leurs difficultés et leurs réussites. L’équipe Nature 2050 a présenté les travaux menés en 2025, ainsi que les perspectives 2026. Un temps a également été consacré à la préparation des ateliers en vue du Forum ARTISAN, qui se tiendra en juillet 2026.
Ce rendez-vous constituera un moment fort de valorisation du programme et un espace essentiel pour favoriser le passage à l’échelle des Solutions fondées sur la Nature auprès des collectivités, acteurs économiques et porteurs de projets. Les échanges ont permis d’identifier les thèmes prioritaires et les formats d’atelier les plus adaptés pour renforcer l’appropriation des outils et méthodes développés depuis 2020.
Des retours inspirants des sites pilotes et démonstrateurs
Les échanges ont été nourris par les présentations des sites pilotes : bocage normand, forêts pyrénéennes adaptées au changement climatique, restauration de zones humides bretonnes, renaturation de la nappe de Champigny, marais d’Estagnol en PACA, expérimentations d’expansion de mangroves à Fort‑de‑France, gestion végétalisée des canaux de Guyane, projets urbains aux Mureaux ou encore arbres de pluie et showroom de la ville perméable à Lyon. Chaque territoire apporte son lot d’enseignements, de limites et d’innovations, rappelant la richesse du programme et l’importance d’un partage d’expérience continu sur les solutions d’adaptation au changement climatique.
Ces deux journées marseillaises ont confirmé toute la richesse du programme LIFE ARTISAN et la force de la dynamique collective qui l’anime depuis 2020. Entre retours d’expériences, partage de connaissances et immersion sur le terrain, ce comité de pilotage a permis de mesurer le chemin parcouru, mais aussi de consolider les perspectives pour la dernière phase du programme.
À l’approche du Forum ARTISAN et de la nouvelle édition de la remise des Trophées de l’adaptation, les échanges viennent renforcer une conviction commune : c’est par la coopération, l’expérimentation et la mise en réseau que les Solutions fondées sur la Nature pourront continuer à se déployer et à transformer durablement les territoires.