LIFE ARTISAN Adapt’Éco | Tourisme et solutions fondées sur lanature en milieu montagnard
Volontaires Amazon et équipe CEN IdF_Ferme de la Vieille Ecluse © Fonds Nature 2050

Le 1er avril 2026, CDC Biodiversité a organisé une nouvelle session du Groupe de Travail (GT) Adapt’Éco dédiée au tourisme en montagne, dans le cadre de sa contribution au projet européen Life ARTISAN. Piloté par CDC Biodiversité, le GT Adapt’Éco s’adresse aux acteurs économiques et vise à promouvoir les Solutions fondées sur la Nature. Cette rencontre a mis en lumière les leviers d’adaptation au changement climatique reposant sur ces solutions, à travers des retours d’expérience concrets portés par Serre Chevalier, le Conservatoire d’espaces naturels (CEN) Savoie et Mountain Wilderness.

Stand Nature 2050 - Léo Vibert © Initiatives Durables

Des Solutions fondées sur la Nature pour penser l’avenir du tourisme en montagne

Valentine Norève, directrice du programme Nature 2050, et Chloé Dorémus, chargée d’études Nature 2050, ont introduit cette rencontre en rappelant le rôle du programme Nature 2050 dans le soutien de projets de Solutions fondées sur la Nature, ainsi que celui de LIFE ARTISAN dans l’accélération de l’adaptation des territoires aux effets du changement climatique. Les échanges ont également permis de revenir sur un constat essentiel : la biodiversité constitue le socle même de l’attractivité touristique, tandis que les Solutions fondées sur la Nature offrent des réponses concrètes, évolutives et sans regret pour réduire les vulnérabilités sans aggraver celles d’autres territoires ou acteurs. Cécilia Bouffard a valorisé des ressources d’accompagnement lors de sa présentation pour l’Office français de la biodiversité du MOOC gratuit “S’adapter au changement climatique avec les Solutions fondées sur la Nature”.

Des retours d’expérience concrets pour adapter les territoires de montagne

Patrick Arnaud, directeur général du domaine skiable de Serre Chevalier pour la Compagnie des Alpes, a présenté la stratégie de transition engagée par la station depuis 2017. Son intervention a mis en avant une logique d’adaptation fondée sur deux leviers : réduire l’empreinte environnementale des activités et adapter le modèle touristique aux évolutions climatiques. Cette démarche repose sur un principe clair, résumé par la formule « s’adapter plutôt que lutter ». Cette transition s’est appuyée sur une large consultation menée via la plateforme Tous Engagés, qui a permis de recueillir l’avis de nombreux habitants, skieurs et visiteurs. Grâce à ces retours, la station a pu mesurer l’acceptation d’évolutions concrètes comme l’adaptation de la vitesse des télésièges ou la réduction de la neige de culture, afin d’imaginer une montagne plus durable en cohérence avec les attentes de celles et ceux qui la fréquentent. 

Intervention Léo Vibert © Initiatives Durables

Parmi les actions instaurées sur le domaine et présentées par Patrick Arnaud figuraient notamment la réduction de la production de neige, le réaménagement des espaces débutants en altitude, la réhabilitation de zones humides, la limitation de l’artificialisation, le recours accru aux énergies renouvelables, ainsi qu’un nouveau volet consacré à l’économie circulaire, avec des opérations de rétrofit, de réemploi et de réparation.

Stand Nature 2050 - Léo Vibert © Initiatives Durables

Jérôme Porteret, responsable du pôle connaissance et gestion au Conservatoire d’espaces naturels de Savoie, a ensuite partagé un retour d’expérience sur la restauration de zones humides en milieu touristique, à travers l’exemple de la Tourbière du Plan de l’Eau, projet soutenu par Nature 2050, située au cœur de la station des Menuires. Ce site protégé, identifié à la fin des années 1990, constitue une zone humide d’altitude à fort intérêt patrimonial, accueillant de nombreuses espèces remarquables et rendant des services écologiques majeurs, notamment pour la régulation de l’eau et le stockage du carbone. Son intervention a montré que, dans un territoire soumis à une fréquentation touristique importante, la préservation de la biodiversité passe par une approche de gestion fine conciliant usages récréatifs, sensibilisation du public et restauration écologique. Parmi les actions présentées figurent la reconnexion hydraulique de la tourbière avec le torrent du Péclet, des travaux de restauration des écoulements, des suivis scientifiques ainsi qu’un travail de concertation avec les collectivités, les gestionnaires du ski, l’office de tourisme et les autres acteurs locaux.

Repenser les modèles touristiques en montagne

Enfin, Corentin Consigny, administrateur de Mountain Wilderness, a élargi la réflexion en revenant sur les fragilités structurelles des modèles dominants en montagne datant du plan neige des années 60. Son intervention a souligné les limites d’un développement encore largement structuré autour de l’économie du ski alpin, dans un contexte marqué par le changement climatique, les tensions sociales et les pressions croissantes exercées sur les milieux naturels. Face à ce constat, il a plaidé pour un véritable changement de paradigme, fondé sur une vision systémique, la robustesse plutôt que la seule performance, la prise en compte des habitants à l’année et une projection de long terme. Plusieurs initiatives locales ont été mobilisées pour illustrer cette nécessaire transformation et nourrir une réflexion collective sur des futurs désirables pour les territoires de montagne.

Intervention Léo Vibert © Initiatives Durables

Cette session du GT Adapt’Éco a mis en lumière la diversité des leviers d’adaptation mobilisables en montagne. Les échanges ont montré que la transition des pratiques touristiques, la restauration de milieux naturels sensibles et la réflexion sur l’évolution des modèles de développement constituent des voies complémentaires pour renforcer la résilience des territoires. Dans ce paysage, les Solutions fondées sur la Nature apparaissent comme un pilier essentiel de l’adaptation, sans être exclusives.

La rencontre a également souligné le rôle essentiel des acteurs économiques, dont la capacité à transformer leurs pratiques et à coopérer localement conditionne l’émergence d’approches réellement adaptées aux réalités de la montagne.